Lauréat 2007 des Bourses de l’Aventure Direct Medica
Cavalier des steppes, À travers les montagnes d’Asie centrale de Nicolas Ducret, Éditions Transboréal.
En mai 2007, Nicolas Ducret, 27 ans, quitte son emploi d’auditeur financier pour traverser l’Asie centrale à cheval.
Pendant six mois, seul, il a parcouru avec ses deux chevaux, 3 300 kilomètres de steppes, de montagnes et de déserts : les vastes steppes arides du Kazakhstan où l‘horizon s’étire à l‘infini, les Monts Célestes de la Kirghizie peuplés de bergers, les hauts plateaux du Pamir tadjik où l‘existence ne tient qu‘à un fil, les vallées encore inviolées de l’Hindou Kouch… Il a arpenté les longues pistes qui ont vu défiler au cours des siècles les peuples nomades, les hordes mongoles, les caravaniers des routes de la Soie, les explorateurs russes, les espions anglais, les cosaques, les Soviétiques, les moudjahidines et les talibans. Il a découvert les facettes cachées de ces pays, celles que l’on ne peut apprécier que dans le creux des territoires éloignés. Et précisément, à cheval, il a pu traverser des régions parmi les plus inaccessibles de ces pays et rencontrer des hommes sortis tout droit de romans d‘aventure. À l’abri des fermes ou sous le feutre des yourtes, au son des joueurs de doumbra et du chant des conteurs, sous des cascades de thé et des litres de vodka, il a partagé la vie de ces peuples et découvert leur histoire mouvementée.
Il a connu toutes les difficultés des pistes : des journées à chercher des cols introuvables, des tempêtes de neige dans des passes à 4 000 mètres, des négociations avec des douaniers zélés, des attaques de bandits dans les steppes isolées, des pourparlers avec les seigneurs de guerre, des avancées de nuit sous escorte armée. Mais tout ce qu’il a vécu, il l’a cherché de plein gré.
Au seuil de l’hiver, après avoir descendu la vallée du Panjshir, la caravane a atteint Kaboul, ville dévastée par des années de guerre. Et avant de quitter ses fidèles compagnons, Musicien des steppes et Tsigane, il a disputé une ultime partie du légendaire jeu des steppes, le bouzkachi, où hommes et chevaux se battent pour une chèvre sans tête.
Extraits Newsletter
du 15 mai 2007
« Depuis une semaine me voici au milieu de l’empire eurasiatique, au cœur du Kazakhstan, dans son extrémité orientale. Après quelques jours à tournoyer de sommets en vallées, j’ai fini par trouver deux bons chevaux qui, je le pense, piaffent d’impatience à l’idée de se lancer dans trois jours sur les pistes des conquérants, des nomades, de l’opium et de l’Afghanistan. Le début de l’expédition se met en place à partir de la ferme d’Alexei, un Russe Kazakh passionné de chevaux, qui me donne tous les conseils nécessaires avant de plonger dans l’ivresse du nomadisme. A bientôt pour de nouvelles aventures ! »
Nicolas Ducret
31 octobre 2007
« Je viens d’arriver à Kaboul, au terme de la traversée du Turkestan. Je n’ai plus qu’à remercier mes montures qui m’ont mené des monts Altaï à Kaboul sur plus de 3 000 km et à leur trouver une bonne place pour poursuivre leur vie.
Un voile de poussière enveloppe la capitale afghane. Les véhicules klaxonnent à tout va, se frayent un chemin à travers la moindre faille qui se forme. Des moutons avancent sur les bas côtés. Un enfant mène un âne avec son bâton, la voix du muezzin résonne au milieu de la cacophonie, je passe le col et plonge dans l’immense ville qui s’étend sans sembler vouloir s’arrêter.
Musicien des steppes, Tsigane et Jehran Casqua avancent d’un pas fatigué, s‘engouffrent dans la circulation, quelques rétroviseurs se plient au passage, emportés par la délicatesse de mon artiste des steppes. C’est pour eux la dernière journée d’effort avant que s’arrête la longue chevauchée. Nous entrons dans Kaboul.
Trois semaines plutôt, j’entrais en Afghanistan, après trois jours d’interminables complications et de batailles avec les douaniers tadjikes.
Les complications reprennent pour trouver un guide acceptant de me mener jusqu’à Kaboul. Personne ne veut y aller ou alors avec une prime de risque effrayante. Un nouveau cheval vient rejoindre la caravane, un petit étalon des hautes terres du Badakhshan. Mon guide parle très bien dari, mais seulement dari. Il a l’habitude de convoyer des moutons jusqu’à Kaboul. Cette fois ci, c’est un étranger, c‘est ce qui l‘inquiète le plus, c‘est plus compliqué qu’un mouton. En entrant dans chaque nouveau district, nous nous rendons chez le commandant pour obtenir un laissez passer.
Dans un premier temps, il nous faut rejoindre le col Anjuman pour ensuite plonger dans la vallée du Panshjir qui conduit non loin de kaboul. La vallée est étroite, la température est glaciale jusqu’à 10 heures, puis le soleil arrive et réchauffe le fond de la vallée. La piste n’est que pierre saillante, c’est le pire pour les chevaux, ils avancent avec difficultés et très lentement. Nous traversons des villages, empruntant des ruelles qui se frayent une voie entre les maisons de terres, de lourdes portes en bois s’ouvrent , des visages tannés, barbus, enturbannés, des femmes voilées apparaissent pour s’évanouir aussitôt.
A 4 heures du matin, nous prenons la route du col, un homme armé nous accompagne, nous nous approchons du Nuristan, cette région frontalière avec le Pakistan qui abritait encore à la fin du 19ème les Kafirs, des animistes aux traits d’Européens et qui, dit-on, buvaient le vin dans des coupes d’argent. En 1857, le révérend Ernest Trumpp, relate que trois Kafirs envoyés comme recrus pour le corps des guides par le Major Lumsden exigeaient 27 litres de vin par jour. Il précise néanmoins qu’avec de telle ration, ils n’étaient jamais ivres. Je me renseigne aussitôt auprès du chef du district. Il rie, ma question est trop comique. C’est comme si, un étranger arrivant en France, demandait à voir d’authentiques Gaulois... Pour boire du vin, il va falloir encore attendre un peu.
A 10 heures, nous sommes au col, à 4 430 mètres, le garde tire quelques balles au sommet, ils sont nerveux, nous restons à peine, pas de petit-déjeuners sur le toit du monde, nous passons de l’autre côté de l’Hindou Kuch et descendons dans la vallée du Panshjir.
Les militaires débarquent, armés comme des mercenaires. Mes papiers ne sont pas concluants, dans le noir obscur, le barbu que je suis, ne ressemble en rien au jeune étudiant de mon passeport et un étranger se baladant de nuit avec des chevaux lourdement chargés dans le Panshjir n’est pas normal. Je suis touriste, dis-je. Touriste-terroriste, me répond-on. Je suis fouillé et embarqué dans un véhicule qui file à tout allure vers la base militaire. Deux types armés jusqu’aux dents m’encadrent. Je ne comprends rien à ce qui se passe. Pas un militaire ne parle autre chose que le dari. Je finis par apprendre que mon guide arrive à la base avec les chevaux.
Après que mes papiers et les lettres des commandants expliquant mon voyage aient été contrôlés par toute une série de personnes, on finit par me rendre ma liberté et à me renvoyer auprès de mes chevaux. Mes bagages sont, pour une énième fois fouillés. Je dors cependant sous la surveillance de deux types, pendant que mon guide reste dehors avec les chevaux, au pied du Mausolée de Massoud.
Dans quelques semaines, je prends le chemin du retour. »
A très bientôt !
Nicolas Ducret
Le site de Nicolas
www.cavalensteppe.com