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Géoroute Andine : la cordillère des Andes à vélo

GEOROUTE ANDINE
15 novembre 2008 au 15 août 2009
Lauréats des Bourses SPB de l’aventure 2008

Caroline Sassier et Olivier Galland ont traversé la Cordillère des Andes d’Ushuaïa à Nazca :
8 000 km à vélo…
400 km à pied…
Leur objectif était de valoriser et de promouvoir les Sciences de la Terre dans notre société, et en particulier auprès des jeunes, sur la base de leurs compétences en ce domaine, puisqu’ils sont tous deux géologues.

La dernière traversée (Abancay-Nazca, Pérou)

« Le retour à Cusco est difficile. Orphelins de nos vélos, nous déambulons à la recherche d’un petit hôtel avec des chambres libres, alourdis de nos sacoches qu’il nous est impossible de porter à dos. Une fois un hôtel trouvé, nous nous réfugions dans la chambre, désarmés, désemparés. Que faire maintenant ? Devons-nous rejoindre Lima directement en bus, et finir lamentablement notre aventure sur ce coup dur ? Et quel sentiment aurons-nous en débarquant à Lima, un sentiment d’abandon de la Géoroute, de désastre, voire de lâcheté ?

Non, ce n’est pas possible, nous ne pouvons pas rester sur cela, surtout ne pas donner raison aux voleurs en renonçant. Nous devons nous battre, et ne pas laisser ces petites gens malintentionnées détruire notre rêve. Nous devons continuer coûte que coûte, et par tous les moyens, pour nous, pour les enfants qui nous suivent. Alors c’est décidé, nous continuerons à pied, sacs à dos flambant neufs sur les épaules, en ne gardant avec nous que le strict minimum, c’est-à-dire le matériel de camping, quelques vêtements et les appareils photo.

Le 4 août, nous sommes de nouveau sur le départ. Nous quittons pour la dernière fois Cusco pour Abancay, ville située à courte distance après le petit village où notre mésaventure a débuté. Ce sera notre nouveau point de départ, le départ d’une nouvelle aventure, 470 kilomètres à pied nous attendent jusqu’à Nazca, en fond de vallée puis sur les plateaux de l’Altiplano, désert asséché perché à 4000 mètres d’altitude aux nuits glaciales. Tout en étant excités par ce nouveau départ, une certaine appréhension nous serre la gorge. A pied, allons-nous supporter cet effort si différent que le vélo ? A cadence ralentie, allons-nous trouver à manger et à boire quand nous en aurons besoin ?

Les premiers kilomètres sont agréables, la foulée légère, la tête et les épaules bien redressées, fiers de notre décision. Deux heures et quelques kilomètres plus tard, le ton change du tout au tout. Les jambes sont tétanisées et douloureuses, les épaules courbées vers l’avant et labourées par les bretelles du sac. La chaleur nous terrasse et les moustiques par centaines nous harcèlent. Il faut bien nous rendre à l’évidence : ce sera bien plus difficile que tout ce que nous avons affronté jusqu’à maintenant.

Chaque jour de marche est une nouvelle aventure qui nous apporte son lot de surprises et de rencontres. Dès le premier soir, littéralement sur les rotules et les pieds en feu, nous demandons l’hospitalité auprès d’une famille de paysans. Sans hésiter, ils nous accueillent sur leurs terres. Visiblement très pauvres, ils habitent dans des cases en bois et feuilles de palmes, et ne vivent que de la culture de leur petit lopin de terre. Malgré ce manque apparent de ressource, nos hôtes nous ouvrent leur cœur et nous offrent de la nourriture en abondance : des fruits, des grains de maïs grillés, du fromage de chèvre et de la bouillie de manioc. Probablement une bonne partie de leur ration quotidienne ! Comment refuser une telle générosité ? Malgré notre petit déjeuner copieux pris quelques minutes auparavant, nous rassemblons le peu d’appétit qu’il nous reste, et ingurgitons avec un réel plaisir ces mets délicieux qui nous sont offerts, devant le sourire bienveillant de notre bienfaitrice.

Tout au long du parcours, nous aurons la chance de connaître de nombreuses expériences similaires. Les gens nous prenant pour des fous, des inconscients, ou bien des gens plus pauvres qu’eux et dans l’incapacité de se payer un billet de bus, ils nous prennent sous leur protection, nous donnent toutes les informations qu’ils considèrent utiles, nous offrent à boire et à manger. Même les enfants qui, les semaines précédentes, nous demandaient sans cesse : « Donne-moi tes dollars ! », accourent vers nous en nous demandant où nous marchons comme ça, nous prenant pour des fous. Jamais, sur les deux semaines que dureront notre marche, un enfant ne nous demandera de l’argent !

D’autres amis se montrent particulièrement attentifs : les routiers. Effectuant régulièrement la route entre Cusco et Nazca, ils observent notre progression quasiment au jour le jour. C’est à coups de klaxon qu’ils nous encouragent : « Chapeau les gars ! », semblent-ils vouloir dire. L’un d’entre eux nous lance même, un matin, deux oranges depuis sa fenêtre, puis continue son chemin. Un soir que nous nous arrêtons dans un petit resto au beau milieu de la Puna, nous sommes attablés lorsqu’une grosse voix nous lance : « Vous êtes déjà là, vous ? ». Lisant la surprise sur nos visages, il s’empresse d’ajouter : « J’effectue quotidiennement la route, et je vous vois tous les jours ! Vous savez, on parle de vous entre routiers. Vous êtes fous, mais assez incroyables ! Ah Ah ! ». Nous partageons sa bonne humeur, tout en étant totalement rassurés et soulagés : nous sommes sous la protection du monde de la route. Rien ne peut nous arriver.

Malgré la rancœur envers le peuple péruvien suite à la disparition de nos vélos, nous ne pouvons nous empêcher de ressentir une profonde amitié et un profond respect pour ces gens qui, malgré la simplicité et la chicheté de leur vie, nous donnent tout et bien plus que du matériel. Ils nous ouvrent leur cœur et nous apporte de la chaleur. Ils nous donnent une immense leçon de vie et de générosité. Depuis notre entrée en Bolivie, nous n’avions que rarement ressenti cette proximité avec les gens que nous rencontrions. Au Pérou, la marche a totalement changé nos relations avec les gens, en particulier la vision des Péruviens à notre égard. Sans le vol de nos vélos, nous n’aurions jamais vécu cette expérience unique. Nous sommes fiers et heureux de notre décision de continuer, de nous battre et d’accepter la souffrance. Désormais, nous pouvons fondre sur Nazca, notre destination finale, le cœur léger et le sentiment d’avoir accompli quelque chose de fort, d’unique, que nous garderons toute notre vie. Neuf mois d’une aventure qui se termine. Neuf mois de rêve. »

Olivier et Caroline

Lire la suite sur leur blog : http://georouteandine.blogspot.com

 
PortFolio
  •  La dernière côte à vélo.
  •  Rencontre-Campagne sanitaire pour éduquer les gens à se laver les mains.
  • Traversée de la Puna péruvienne à pied.
  • Descente vers Nazca, étape ultime de l'aventure.